Un point de départ identique pour deux histoires distinctes qui peuvent se lire indépendamment l’une de l’autre. Une même famille, une même situation initiale, mais un événement qui vient tout bouleverser. Pour tous ceux qui se sont un jour demandé : et si un seul détail de ma vie avait changé, est-ce que tout aurait été radicalement différent ? Pour tous ceux qui aiment voir les deux faces d’une même pièce.

J’ai eu la chance de pouvoir lire en avant-première les derniers romans d’Amélie Antoine et de Solène Bakowski.

Sur le modèle des films « Smoking » / « No smoking » d’Alain Resnais, ces deux auteures de talent explorent en deux romans bien distincts, hormis le contexte de départ, le thème « que ce serait-il passé si … ? », question que l’on s’est tous posée un jour.

« Sans Elle » d’Amélie Antoine :

Il était une fois une famille heureuse et unie. Des jumelles de six ans qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Des enfants fusionnelles qui grandissaient ensemble et s’adoraient. Jusqu’à un soir de feu d’artifice où l’une d’elles se volatilise brutalement. Il était une fois deux fillettes inséparables. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une. Il était une fois une histoire qui n’a rien d’un conte de fées.

C’est l’histoire d’une famille qui tente de survivre au chagrin, à la peine, à la douleur, à l’ignominie des soupçons et des accusations, à l’horreur de la paranoïa, à l’étiolement d’un mariage, au poids de la culpabilité, aux regrets et aux remords.

C’est l’histoire d’une jumelle amputée de sa moitié qui tente de grandir quand même malgré le manque, dans cette famille focalisée sur la disparition de sa sœur et au sein de laquelle elle se sent oubliée.

C’est le récit de l’attente, de l’espoir mais aussi du désespoir, de la peur d’oublier et de la volonté de se souvenir et en même temps de l’atroce réalité tellement dure à supporter.

C’est un roman très noir sur un thème particulièrement dur où la terreur de toute mère, de tout parent, est ici relatée dans les moindres détails. La scène se déroulant au bord de l’étang lors du feu d’artifice, notamment, est d’une très grande intensité dramatique. On « est » littéralement à la place de Patricia. Tout comme elle, on « vit » et on « subit » les affres de l’angoisse.

On se demande aussi quel est le pire entre ne pas savoir et pouvoir continuer d’espérer ou bien savoir, quitte à peut-être souffrir l’indicible, mais être délivré de l’attente et pouvoir faire son deuil.

Mais c’est aussi la sempiternelle question de savoir ce qui aurait pu se passer si on avait fait ça ou on contraire si on avait agi différemment, d’infinies possibilités qu’on passe en revue et qu’on ressasse en boucle.

Jusqu’à la fin, terriblement bouleversante, et à laquelle on ne s’attend pas le moins du monde.

« Et si tout avait été différent ? Si Patricia n’avait pas insisté pour refaire le lacet défait de la petite Jessica ? Si la fillette, sans écouter sa mère, était simplement partie en courant, au risque de tomber quelques mètres plus loin ? Et si elle n’avait pas disparu cette nuit-là ? »

« Avec elle » de Solène Bakowski :

Il était une fois une famille heureuse et unie. Des jumelles de six ans qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Des enfants fusionnelles qui grandissaient ensemble et s’adoraient. Avant de se jalouser et de s’empoisonner. Il était une fois deux fillettes inséparables. Pour le meilleur, ou pour le pire ? Il était une fois une histoire qui n’a rien d’un conte de fées.

Même si « Avec elle » est un roman un peu moins noir, le prologue, rigoureusement identique à celui de « Sans elle », ne nous fait pas espérer non plus une histoire « feel good ».

Le début est exactement le même jusqu’à la page 16 où intervient le détail qui change tout. S’ensuit une histoire complètement différente dans laquelle les personnages ne connaîtront ni les mêmes aléas de la vie ni le même destin.

Les jumelles, inséparables, fusionnelles, vont évoluer différemment et s’éloigner petit à petit l’une de l’autre, à cause de leurs divergences de caractère, à cause du regard et de l’amour des autres, qui ne sont pas les mêmes pour chacune.

La fin, bien que complètement différente est là aussi terrible.

Comme quoi le malheur ne naît pas forcément d’un drame mais peut découler de détails, de toutes petites choses manquantes ou au contraire répétées. L’absence ne vient pas dévaster cette petite famille heureuse mais cela garantit-il le bonheur pour autant ? Comme quoi un détail aussi insignifiant qu’un lacet défait peut changer le cours d’une vie, de plusieurs vies.

Des romans jumeaux, nés de la même idée, différents dans le déroulement de leur histoire, dans leur traitement et dans leur style … autant que peuvent l’être des jumelles …

Ah je ne vous ai pas dit si je les avais appréciés ?! Eh bien carrément oui : pleinement, complètement, absolument et sans restriction aucune. Je suis décidément fan de ces deux auteures !

Site d’Amélie Antoinehttp://www.amelie-antoine.com/fr/5-2

Site de Solène Bakowski : http://solene-bakowski.com/

 

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