Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller avec cette sensation de déjà-vu ? Sauriez-vous faire la différence entre le vrai et le faux ? Avez-vous une confiance absolue en vos proches ? Nick semble mener une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses voisins. Pourtant, le jour où des amis de longue date arrivent, son existence tout entière va basculer dans l’étrange et l’impensable. Réalité ? Psychose ? Quelle preuve avez-vous finalement de votre réalité ?

J’ai lu ce livre dans le cadre du Prix des Auteurs Inconnus 2019, pour lequel je suis jurée dans la catégorie littérature noire. Rappelons que, parmi une cinquantaine de soumissions, nous avons dû en choisir cinq, sur trois critères fournis : la couverture, la quatrième et les dix premières pages, sachant que tous ceux contenant plus de trois fautes étaient éliminés d’office. Benzos, de Noël Boudou, est celui que j’avais présélectionné en tout premier car j’avais été très impressionnée par le début de ce roman et notamment par le style de l’auteur. Maintenant que je l’ai lu en entier, je ne vais pas passer par quatre chemins ni créer de suspense : j’ai beaucoup apprécié ce livre, surtout sur sa forme. Mais je vais y revenir.

Pour ceux qui se poseraient la question, Benzos est le diminutif de Benzodiazépines, médicaments prescrits, entre autres, dans les cas de dépression et/ou d’insomnies. Le problème c’est qu’ils entraînent de nombreux effets indésirables, tels des pertes de mémoire et un état de dépendance, et que la médecine ne propose pas vraiment de solution de rechange pour combattre ce genre de pathologies courantes et récurrentes, souvent chroniques. L’auteur sait d’ailleurs très bien de quoi il parle puisqu’il en a lui-même été esclave très longtemps, comme il l’explique en avant-propos.

Bien évidemment cela se ressent dans le texte, qui en plus est écrit à la première personne du singulier, et nous permet d’entrer dans la tête du personnage principal, y compris dans ses délires. Parce qu’à force d’en user et d’en abuser, et d’y adjoindre alcool et joints, celui-ci se perd entre rêves, cauchemars et réalité. Et par la même occasion, l’auteur nous égare nous aussi. Il nous balade inlassablement et arrive à nous faire douter de tout. Pendant ces quelques jours, tout comme Nick, on ne sait plus « où » on est, ni même « quand » on est. Tout est nébuleux et mélangé, les actions des personnages, les lieux comme le temps. Nick n’y comprend rien et nous non plus. Je me serais rangée à l’avis des quelques retours que j’ai pu lire sur ce roman, arguant que ça tournait finalement vite en rond, si un rebondissement n’était apparu à la fin du premier tiers, relançant la machine et surtout l’intérêt. À partir de ce moment-là, on comprend bien sûr le pourquoi du comment, les tenants et les aboutissants, mais c’est sans compter avec l’évolution de l’intrigue et surtout le dernier élément de la fin, diabolique et très noir, que je n’avais, lui, absolument pas vu venir.

Voilà, je reconnais que l’histoire n’est pas mal du tout, mais cela s’arrêterait là s’il n’y avait le style. Car ce qui fait la grande force de ce roman, à mon humble avis, c’est la forme ! C’est ce qui m’a sauté aux yeux et convaincue immédiatement à la lecture de l’extrait. Une plume brute, dure, sans fioritures, très crue parfois, mais extrêmement percutante. J’avoue que ce n’est habituellement pas vraiment ma tasse de thé, je suis plus souvent conquise par de belles phrases bien tournées et un registre de langage plus élevé, mais là je reconnais volontiers qu’il sert les propos délivrés et surtout, surtout, qu’il leur donne une force peu commune et confère à l’histoire une qualité indéniable de réalisme. On sent que c’est écrit avec les tripes, et toute la puissance vient de là. Ne négligeons pas non plus les quelques notes d’humour qui parsèment le récit et l’émaillent de bons jeux de mots et d’expressions bien trouvées.

Pour moi, une très belle découverte et un auteur à suivre. D’ailleurs je ne manquerai pas de m’intéresser à l’occasion à son premier livre, Elijah, qui a obtenu le Prix du roman noir 2017 au Festival polar de Cognac.

Pour en savoir plus sur le site internet du Prix des Auteurs Inconnus

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