Charlie Legendre, a 17 ans. Elle n’a jamais compris pourquoi ses parents l’avaient appelée Charlie. Sauf que le 7 janvier 2015, son prénom se fait l’écho du drame qui vient de se produire. Sami Bensouda a 17 ans aussi, et l’évènement le plonge au coeur d’une société en quête d’elle même, et de ce « nous » rendu si fragile.
Alors, face aux réactions de leurs proches et amis, l’un comme l’autre ils vont tenter de faire face à la violence de l’instant, et à la question brûlante de l' »Après-Charlie ».
« Charlie 17 ans » est le roman témoin et apolitique des évènements de Charlie Hebdo, de cette jeunesse qui se cherche, avec ses doutes, ses contradictions aussi, mais surtout forte de ses plus grands espoirs.

Chronique :

La découverte d’une auteure

Ce livre traine dans ma liseuse depuis pas mal de temps, comme beaucoup d’autres. La plupart du temps, je leur permets de prendre la lumière un peu au hasard de mes envies. Celui-ci a eu plus de chance. J’ai rencontré son auteure, et j’ai pu échanger avec elle pendant quelques minutes. C’était après une journée chargée du Salon du Livre de Paris, lors de l’After Party des Indés, organisée par une autre auteure, Ghaan Ima.

Je parlais avec Hélène, de Passion Culturall quand Nina est arrivée et s’est installée sur la table à côté de la notre. C’est très bête, mais dès que je l’ai aperçue, j’ai su qu’elle me plairait. Elle était souriante, et l’expression sur son visage invitait réellement à la discussion et au partage. Je ne m’étais pas trompée. Interrompues par quelques aléas d’organisation du restaurateur, nous avons tout de même pu échanger une dizaine de minutes, et quand je suis partie pour reprendre mon TGV direction Lille, j’ai su qu’après avoir terminé le livre en cours, je ferai remonter « Charlie, 17 ans », de ma gigantesque Pile à Lire.

Charlie, jeune fille — de 17 ans, vous l’aurez compris — voit son monde bouleversé par les attentats de Charlie Hebdo. À travers ses yeux, et ceux de Sami, un de ses copains de classe, le lecteur (re) plonge dans les émotions parfois contradictoires qui ont ébranlé les certitudes de chacun des Français en 2015.

Je ne peux que faire le parallèle avec « Au Nom de Quoi » d’Amélie Antoine (d’abord publié sous le pseudonyme Dorian Meune). Si les constructions des romans sont différentes, les deux ouvrages se ressemblent en ce sens qu’ils se veulent des témoignages romancés, des photographies d’un instant, d’une journée, d’une semaine. Ils exposent des sentiments, sans chercher ni à les justifier ni à les expliquer. Sans chercher à les juger. Alors qu’Amélie Antoine met en scène des personnages directement concernés par les attentats du Bataclan, Nina Frey, elle, choisit de relater l’impact qu’ont eu les attentats de Charlie Hebdo sur une jeune fille de 17 ans et ses amis, n’ayant aucun lien avec les victimes.

Un roman juste

D’une plume qui fait beaucoup penser à celle de Jo Rouxinol (qui me fait elle-même penser à celle d’Amélie Antoine, la boucle est bouclée), l’auteure nous emmène au lycée, comme si nous y étions. En préambule, Nina nous indique que comme chacun de ceux — nés avant 1990 — qui se souviennent exactement de ce qu’ils faisaient lorsqu’ils ont appris les attentats du 11 septembre, chacun des jeunes gens dont c’était la première fois, se souviennent de ce qu’ils faisaient au moment où ils ont appris pour ceux de Charlie Hebdo. Si, personnellement, je me souviens de ce que je faisais le 11 septembre 2001 lorsque j’ai appris pour New York, je dois avouer que je ne me souviens plus pour Charlie Hebdo. Peut-être, déjà, hélas, l’habitude avait-elle fait son labeur.

Le sous-titre du roman nous dit qu’il expose « Les doutes d’une jeunesse, mais surtout… ses plus grands espoirs ». Je pense que non. Il relate la vie quotidienne des Français. Avec ses doutes, et, oui, avec ses espoirs. Mais je l’aurai formulé autrement : les espoirs de quelques-uns, et les doutes de tous les autres. Mais c’est certainement parce que nous sommes en 2018. Et qu’en fait, rien n’a changé. Mais pour ma part, Sami a raison. Le fossé s’agrandit.

Cependant, comme je m’en doutais, l’émotion m’a étreinte à plusieurs reprises quand j’ai lu d’une traite ce roman. Je n’ai pas versé de larmes, mais mes yeux se sont embués plusieurs fois, ainsi que les battements de mon cœur se sont emballés à la lecture de certains passages. Les mots sont d’une justesse rare, et la narration interne a été un choix très judicieux. Les sentiments, quels qu’ils soient, passent facilement du livre au lecteur, et ravivent les souvenirs. Par flashbacks presque visuels, je me suis souvenue tout au long de la lecture, de ces moments passés au bureau, avec ma collègue, à écouter les chaines d’informations en continu. À suivre en direct les attentats de l’Hyper Casher, puis la course poursuite et l’assaut final. Et le style de Nina Frey (re) donne vie à tout ça.

À tel point que j’en regrette presque le sujet du roman, tant je me dis qu’il doit être doux de lire ce style dans un registre plus fictif, moins raviveur de souvenirs, qui permettent de réellement se concentrer sur le sujet du livre. J’ai envie, maintenant, de savoir ce que peut imaginer Nina Frey pour me faire vibrer autrement. Parce que, j’en suis certaine, ce premier roman d’une qualité sans faille en annonce d’autres, et n’est que le début d’une carrière d’auteure, d’écrivain, que je lui souhaite prolifique et longue.

Infos Pratiques :

Date de sortie : Janvier 2016

Autoédition

Prix du format broché : 7.80€ chez Amazon

format numérique : 2.99€ chez Amazon

Site de l’auteure : https://ninafreyauteur.wordpress.com/

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