Quand Deuspi et Fonsdé émergent de leur dernier trip d’acide dans leur squat, c’est pour découvrir que Paris est envahi par une horde de bouffeurs de cervelle vociférants. Soit la dope était (beaucoup) plus forte que prévu, soit l’apocalypse zombie est bel et bien advenue. C’est peut-être enfin l’occasion qu’attendait Kropotkine, leur maître à penser, pour réaliser un vieux rêve de gosse : faire flotter le drapeau de l’anarchie sur la capitale ! Mais avant de pouvoir crier « No Future ! », il va falloir se coltiner un paquet de cons…

J’ai lu ce livre sur la recommandation d’Odehia Nadaco, auteure indépendante des plus percutantes que je connaisse. Le club des Punks est arrivé chez moi sous la forme d’un livre voyageur, technique qui consiste, comme son nom l’indique, à faire voyager un livre pour le faire partager à d’autres personnes. Une bibliothèque mobile en quelque sorte. J’avais déjà reçu, sur les recommandations de la même personne, « Quelqu’un à qui parler » de Cyril Massarotto, et j’en avais été ravie. Que cela soit noté dans vos tablettes, ma culture punk est très proche de zéro. Le seul ouvrage « punk » que j’ai pu lire était celui de Lis Hëldet et Jean Heffeder, La Hörgne. Il m’avait bien plu, alors je me suis dit qu’un nouveau voyage en compagnie de personnages keupons ne me ferait pas de mal. Surtout que je ne connais presque rien à leurs convictions, et que ça piquait ma curiosité depuis longtemps.

J’ai finalement totalement adhéré à l’univers de Karim Berrouka. Si les nombreuses références musicales punks ornent magistralement le livre, elles ne nuisent en aucun cas à la compréhension de l’histoire. Au contraire, elles ne peuvent que pousser à la curiosité, et donnent envie de les découvrir pour appréhender la culture punk dans sa globalité.

L’auteur nous présente sept personnages, dont les noms sont assortis à l’ambiance du roman. Deuspi et Fonsdé — les frères de défonce —, Mange-Poubelle — le récupérateur freegan —, Eva — en colère contre tout —, Kropotkine — le cerveau idéaliste —, et enfin Glandouille et Pustule — les deux punks à chiens —. Tous issus du Collectif du 25, squat parisien leur servant de résidence, ils vont se retrouver au milieu d’un monde post-apocalyptique zombifié. Principalement située à Paris, l’intrigue n’oppose pas seulement des punks aux zombies. Sous des airs faussement caricaturaux, c’est toute la société qui est passée au crible. Ici on parle de l’anarchie, la vraie. L’idéale et utopiste. Mais on le fait entre deux flics en charpie.

Alors bien sûr, on se marre en voyant (en lisant) deux punks faire danser le pogo aux zombies afin d’empêcher des CRS de se mettre à l’abri. Bien sûr, on sourit en voyant Christine Boutin ou les frères Bogdanof en zombie. On est admiratif quand Kropotkine va au bout de ses convictions pour voir flotter le drapeau noir sur la capitale au péril de sa vie. Mais « Le club des Punks contre l’apocalypse zombie » ce n’est pas que ça. C’est aussi une explication, posée, vulgarisée, des origines de l’anarchie et de ses différents courants. C’est aussi, surtout, une mise en scène des idéaux de chacun dans un monde qui part en sucette et dont le salut appartient — en apparence — à une bande de punks aussi déjantés qu’attachants. À grand renfort de visions grandiloquentes, chacun à leur tour, les personnages participeront à l’élaboration d’un monde nouveau. Qu’ils espèrent meilleur. Qu’ils espèrent No Future. Mais évidemment, ils ne sont pas les seuls survivants. Et les autres n’ont pas les mêmes convictions.

Un peu politique, un peu barré, carrément drôle, parfois culte tant il est noir, ce bouquin est clairement le bon si vous voulez vous détendre en vous cultivant.

Petit bémol pour la fin. Trop attendue pour ma part. Mais délicieusement cynique.

Tellement « No Future ».

Infos pratiques :

Date de sortie : août 2017 en poche / mai 2016 en broché

Editions : J’ai Lu  /  ActuSF

Page Facebook de l’auteur : https://www.facebook.com/berrouka/

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