« Il eût suffi d’une fois, d’un coup de folie – ou de raison –, pour s’apercevoir que c’était cela, la liberté pleine et entière, le choix du roi. Ravir au Temps les clefs du jour, celles de la nuit, s’approprier ses règles pour mieux s’en délecter. Voir vraiment, s’émerveiller de tout, et surtout d’un rien. Nourrir nos corps de mets et d’amour ; bouffer et baiser, pour les plus jouisseurs d’entre nous. S’enivrer à en perdre haleine. Penser, ne plus penser. Aimer à pleins poumons, et jongler à s’en brûler les mains. Narguer les étoiles filantes, les subjuguer par notre immobilisme. Tourner en rond, puis à reculons. Se perdre dans des ruelles secrètes aux guidons de nos bécanes trop longtemps remisées, le vent dans les cheveux, la tête dans les nuages. S’imaginer des ponts, des filins, entre nos cœurs et nos destins. Sentir la pluie fouetter nos visages, et les larmes poindre, pour le seul plaisir de mélanger les saveurs. Vivre un instant, le faire vraiment. Réactiver la fabrique à souvenirs, et prendre de l’élan aussi, pour mieux rattraper le Temps qui file, nos jambes à son cours. »

Bastien PANTALE est un auteur que j’apprécie énormément pour ses histoires, mais avant tout pour son style très travaillé et pour ses capacités à explorer brillamment des genres différents.

Après « Ascendance », sa trilogie SF, « Sublimation », un thriller qui fut une réelle découverte pour moi, « Société XX », une dystopie révolutionnaire et philosophique, « De nos propres mains », une très belle romance (mais pas que) et « Remanere », nouvelle post-apo zombiesque dans laquelle j’ai eu l’honneur (et l’horreur) de figurer, voilà qu’il nous jette des p’tits tas d’mots issus de son fantasque cerveau.

Dans ce court recueil, pas de nouvelles proprement dites mais plutôt des pensées ou des réflexions tournant autour de l’humain, sous formes de contes, voire de poèmes, et touchant aux thèmes de la vie, de l’amour, de la mort, de la nature, du temps qui passe, de la religion, ou bien encore de la trahison.

Puisant dans ses souvenirs autant que dans sa créativité, il nous livre des textes intimistes, voire tout à fait intimes, dans lesquels transparaissent une étonnante faculté d’observation et une sensibilité exacerbée.

Ceux que la réflexion philosophique déroutera un peu dans « Apprivoiser le temps » ou bien encore « Le berger philosophe », trouveront aussi leur bonheur avec d’autres textes comme « Contemplation », à la rare puissance descriptive très évocatrice. Véritable hymne à la nature exceptionnellement visuel, c’est toute une palette de perceptions que nous offre l’auteur, dans laquelle les couleurs se mêlent aux senteurs et aux sons.

Un vocabulaire choisi, précis et pointilleux sert ces p’tits tas d’mots tout à fait délicats et en fait de délicieuses mises en bouche qui doivent être goûtées, dégustées et savourées sans bouder son plaisir.

Et comme, en plus, il m’a fait la surprise et l’amitié d’y faire figurer l’un de mes textes, qui ne saurait d’ailleurs être mieux illustré que par cette très belle couverture, je dois bien avouer que le mien est total.

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