2034. Il y a vingt ans, l’humanité a vaincu le cancer. Le rhume n’est plus qu’un mauvais souvenir. Mais elle a créé une chose terrible que personne n’a été capable d’arrêter. Une infection virale. Qui s’est propagée à une vitesse redoutable, le virus prenant le contrôle des cerveaux, avec une seule obsession : se nourrir. Issus de cette génération sacrifiée, Georgia et Shaun Mason sont les maîtres de la blogosphère, devenue le seul média indépendant proclamant la vérité sur ce qui se passe derrière les barricades. Shaun, la tête brûlée, et Georgia, l’âme du duo, enquêtent sur l’affaire la plus importante de leur carrière: la sinistre conspiration qui se cache derrière les infectés. Et ils sont bien décidés à faire éclater la vérité, même s’ils doivent y laisser la vie.

L’auteur 

Mira Grant, Seanan McGuire de son vrai nom, est une auteure californienne multitâches. Elle écrit, blogue, dessine, entre autres. Auteur de fantasy urbaine sous son patronyme, elle a été récompensée en 2010 par l’Award John W. Campbell du Meilleur Nouvel Écrivain. Elle vit actuellement dans une grande ferme, avec ses chats, et passe son temps à suivre des cours de virologie, à regarder les pires films d’horreur, et voyager.

L’histoire

Le livre s’ouvre sur une action un peu folle : Shaun, tête brûlée, s’amuse à frapper — à coups de crosse de hockey — des zombies. Sa sœur Georgia l’accompagne et tente, en vain, de le raisonner. Nous sommes en 2034, et le monde a bien changé. En 2014, un scientifique a éradiqué la plupart des maladies mortelles. Exit donc les cancers, les grippes, les rhumes et autres. Mais — parce que forcément, il y a un mais — Mère Nature a remplacé les virus précédents par un virus bien plus méchant, et les zombies peuplent désormais la Terre entière.

Shaun et Georgia sont des blogueurs journalistes accrédités. En effet, à cette époque, les seuls médias encore crédibles sont les blogs d’actualités indépendants. Leur site « Après la fin des Temps », est un des plus suivis parce qu’un des plus objectifs et incisifs. Aussi, c’est avec une énorme surprise qu’ils apprennent qu’ils ont été sélectionnés pour suivre la campagne présidentielle du Sénateur Ryman. Accompagnés de Buffy, leur géniale informaticienne, ils vont plonger au cœur de la politique et des problèmes de société, qu’ils promettent de relater sans langue de bois.

Des Zombies, encore ?

« Feed » est clairement de la Zombie Lit. Et oui, évidemment, on y parle de zombies. Mais les zombies ne sont qu’un prétexte. Comme dans le livre de S.G. Browne, « Comment j’ai mangé mon père, ma mère et retrouvé l’amour », l’essentiel se situe surtout dans la critique sociale et politique. Il s’agit plus justement d’une extrapolation du monde contemporain dans une société post-apocalyptique contrôlée, et manipulée par les médias. Constat qui se fait l’écho glaçant de la réalité que nous vivons depuis quelques années, et surtout, en Europe, depuis quelques mois.

J’avais relevé lors de ma lecture cet extrait du livre :

« Avec les médias, le problème est simple : les gens, en particulier ceux qui se trouvent en haut de l’échelle sociale, aiment vous savoir effrayé. Ceux qui ont le pouvoir préfèrent que vous ayez la trouille. Que la peur de mourir à tout instant vous paralyse. Il y a toujours une bonne raison d’avoir peur. Avant, c’étaient les terroristes. Maintenant, les zombies. Quel rapport avec les médias ? Ceci : la vérité ne fait pas peur. Pas quand on la comprend, pas quand on vous en explique les répercussions et que vous n’avez pas à craindre que l’on vous cache quelque chose. La vérité n’est effrayante que si on a l’impression qu’il en manque une partie. Et ces gens ? Ils aiment vous faire peur. Alors, ils font de leur mieux pour garder la vérité pour eux, pour la rendre plus dramatique, la filtrer de manière à en faire un objet de crainte. Si nous n’avions pas à craindre les vérités qu’on nous cache, nous n’aurions plus besoin d’avoir peur de celles que nous connaissons. Les gens devraient méditer sur ça. »

La manipulation du « peuple » par les médias et les politiques est le thème central de la trilogie. Les zombies pourraient aussi bien être des migrants, des extra-terrestres, ou des vaches folles. « Feed » n’est pas le premier roman à se frotter à cette thématique, mais il est doublement efficace parce que le ton employé est juste, sans condescendance, et surtout que l’intrigue et l’histoire sont divertissantes et vraiment plaisantes à lire.

Des personnages attachants et profonds

Un roman de société peut-être complètement fade s’il n’est pas assaisonné par quelques personnages bien ficelés. Ici nous sommes servis : la relation Georgia-Shaun est ambiguë, compliquée, forte. Frères et sœurs, ils se complètent et leurs personnalités sont diamétralement opposées, bien que très définies. Leur amour fraternel fusionnel donne une réelle plus-value à l’intrigue, d’autant qu’ils seront mis l’un et l’autre en danger, que ce soit face aux zombies ou à d’autres ennemis.

Mais si les deux personnages principaux sont fort développés, les autres ne sont pas en reste. Chaque membre de l’équipe de « Après la fin des Temps » est décrit avec profondeur. L’auteure s’attarde sur chacun d’entre eux et permet au lecteur de se faire une idée, tant physique qu’intellectuelle. Qu’ils soient agaçants, attachants, gentils ou méchants, ils sont tous traités de la même façon, et l’on devine parfois jusqu’à leur passé, s’imaginant de temps à autre leur futur. Bien sûr les zombies ne sont pas à proprement parler des personnages, ils ne sont là que pour le contexte, comme des figurants de « The Walking Dead ». Aussi, l’auteur ne nous les présente pas en détail et ça ne manque pas du tout au récit. Au contraire, leur figuration statique permet de mieux placer dans son contexte l’intrigue, mais aussi les humains encore sains.

Une mise en scène et un récit palpitants

La Zombie Lit est parfois un peu caricaturale, un peu « commerciale » diront certains. Deux trois effets gores, des scènes de combats bien glauques, du sang, de la violence et des grognements à n’en plus finir constituent bien souvent les livres de zombies. Pourtant la mise en scène de « Feed » est parfaitement orchestrée.

L’alternance donne du rythme à la lecture : passer du point de vue d’un personnage à un autre permet une plus grande intimité avec les protagonistes, d’autant plus que tout le roman est narré à la 1re personne. De plus, les actions s’enchaînent, les rebondissements surprennent souvent le lecteur. Le rythme est tellement intense qu’il est difficile de refermer le livre avant la fin. Le suspens est finement distillé, et les relations entre les personnages sont fortes, qu’elles soient négatives ou positives. Surtout, la critique sociopolitique est tant incluse dans l’intrigue que l’histoire en sort grandie. Le récit en devient en effet très complet, et propose à la fois un divertissement et une source de réflexion.

Et quand la plume est agréable à lire en plus d’être correctement structurée, alors, le plaisir de lire n’en est que plus grand. Feed est le 1er tome de la trilogie du même nom.

Infos pratiques


Date sortie : 2010 en vo, 2012 en français

Editions Bragelonne

Prix du format numérique : 5.99€ chez Amazon

Prix du format broché : 24€ chez Amazon

Site de l’auteur : http://www.miragrant.com/  et http://seananmcguire.com/

 

 

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