Dans une France remodelée par les ambitions démesurées du président Rollin, science et politique se sont alliées, semant dans leur sillage meurtres et souffrances.
Lorsque Léna part couvrir un événement dans un orphelinat pour son journal, elle est loin de se douter que sa rencontre avec la petite Cerysette va bouleverser sa vie.
Après la disparition de l’enfant, elle tente de la retrouver, aidée par un flic aux méthodes discutables à quelques jours de la retraite. Leur enquête va les mener dans le quartier des réfugiées américaines, où de sombres révélations les prennent de court. Une véritable course contre la montre s’engage alors pour sauver la fillette. Jusqu’où a-t-on le droit d’aller au nom du bien commun ?

Après « #seulaumonde » et « Praesidia » qui, bien que traités très différemment, se situent tous les deux dans le genre post-apocalyptique, « La divine proportion » est le troisième roman que je lis de Céline Saint-Charle, auteure qui ne cesse de me surprendre par l’étendue de ses possibilités et notamment en termes de champ d’écriture. L’action se déroulant en France en 2050, on pourrait penser avoir affaire à une dystopie mais, même si le genre colle à la définition, on est surtout dans un thriller/policier qui se déroule dans un futur proche.

Ce qui, par contre, est récurrent chez cette auteure, c’est qu’elle nous offre à chaque fois bien plus qu’une simple histoire. Il y a toujours matière à réflexion dans ses textes. Elle y traite de l’humain, la plupart du temps, mais par le biais de thématiques diverses et sous des angles de vue différents. En ce qui concerne « La divine proportion », les sujets y sont multiples bien que reliés entre eux. On y aborde, entre autres, les notions politiques de démocratie et de dictature, mais aussi de libertés, de droits, d’inégalités, de richesse et de pauvreté, de justice et surtout d’injustice.

Céline nous brosse le tableau d’une société qui, sous des dehors affichés tirant vers l’idéal de prime abord, dissimule de lourds dysfonctionnements, des inégalités flagrantes, des dessous cachés pas jolis-jolis, voire des horreurs sans nom. Elle fait toujours preuve de lucidité sur l’humanité en général et explore les travers dont elle peut faire preuve, mais garde aussi une certaine confiance et de l’espoir en quelques-uns de ses représentants., Les héros principaux, la petite journaliste qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et le vieux flic proche de la retraite forment un duo qui peut paraître improbable au premier coup d’œil mais se révèle complémentaire, et surtout très attachant. Ils vont décider de se battre contre des moulins à vent après avoir découvert les dérives politiques et morales cachées sous cette façade trompeuse. Jusqu’à tomber sur l’indicible… Je n’en dirai pas plus sur l’histoire, je préfère vous laisser la découvrir à la lecture. On y croise aussi toute une galerie de personnages colorés et originaux, dont la délicieuse petite Cerysette qui, en disparaissant, va provoquer cette enquête hors-normes.

Tous les ingrédients du thriller et du policier sont réunis : kidnapping, suspense, action, rebondissements, scènes de meurtres et même de sévices, et l’ensemble est mis en valeur par la plume solide mais aussi délicate et sensible de l’auteure. J’ai été particulièrement marquée et impressionnée par le traitement d’une scène qui aurait dû être très dure à lire pour moi, qui ai du mal avec le trash, mais qu’elle a su me rendre « acceptable » en l’estompant grâce à un filtre. Et, au passage, je l’en remercie. Ce genre de performance n’est à mon avis pas dans les cordes de tout le monde et témoigne de toute l’étendue de son talent.

Céline Saint-Charle nous livre là un roman très abouti, une formidable et terrible illustration de cet adage qui soulève toujours de nombreux débats et a encore de beaux jours devant lui dans les sujets de philo de terminale : « la fin justifie les moyens ».

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