La mémoire du temps – Frank LEDUC

Et si votre subconscient prenait le pouvoir ?

Alice est une brillante critique gastronomique, mariée à un écrivain célèbre et à qui la vie a tout donné. Jusqu’au jour où, sans raison apparente, son corps commence à se couvrir d’étranges brûlures. Aucun médecin, psychiatre ou marabout n’arrive alors à la soigner, ni même à identifier les causes de ces symptômes spectaculaires. Grâce à la recommandation de l’éditeur de son mari, Alice obtient un rendez-vous chez un grand neurologue aux méthodes particulières. Lors d’une première séance de psychanalyse sous hypnose, Alice est victime d’un effroyable cauchemar : elle semble revivre le calvaire d’une adolescente disparue en 1937 dans d’étranges circonstances…

Qui est cette mystérieuse Lisa ? Est-elle réelle ou imaginaire ? Alice parviendra-t-elle à percer le secret de la mémoire du temps ?

Encore un auteur rencontré lors du salon T(h)ermes Noirs et une très belle lecture ; je les choisis décidément très bien en ce moment ! Une découverte pour moi que la plume de Frank Leduc, dont c’est là le troisième roman et qui m’a permis de passer un très très bon moment. À noter qu’il a gagné le Grand Prix Femme Actuelle 2018 avec l’un de ses précédents, intitulé Le chaînon manquant. J’ai choisi de lui acheter La mémoire du temps pour son sujet et la citation du tout début, d’Aragon à Elsa triolet : Quand je dis tout bas la beauté du monde, je parle de toi. Ces deux éléments laissaient augurer le meilleur et j’ai su d’emblée que ce serait une belle rencontre. Je ne m’étais pas trompée, et voilà que je regrette de n’avoir pas passé plus de temps à m’entretenir avec l’auteur. J’espère pouvoir y remédier lors d’une future rencontre.

Je passerai rapidement sur la correction déplorable dont cette maison d’édition – à se demander si c’en est réellement une – est malheureusement coutumière et qui n’est en rien imputable à l’auteur. C’est évidemment préjudiciable pour lui mais n’enlève rien à la qualité de son style, qui est tout à fait honnête et fort agréable à lire.

Quant à l’histoire, elle est tout bonnement originale et bien trouvée. Ce sont deux histoires différentes en fait, qui ne sont pas situées au même endroit ni dans le même espace-temps. L’une se déroule aux États-Unis de nos jours et l’autre en Allemagne nazie à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. L’alternance de chapitres qui en découle rythme la lecture et relance perpétuellement l’intérêt. Une troisième histoire vient d’ailleurs se greffer aux deux premières en cours de route. Trois histoires qui, on s’en doute bien, vont se rejoindre à un moment, sans qu’on imagine aisément de quelle manière. La partie qui se déroule en Allemagne présente beaucoup d’intérêt, dans ce sens où elle est fort dépaysante et surtout riche d’enseignement. Elle implique de solides recherches historiques effectuées en amont et a complété mes pauvres connaissances notamment quant à la catastrophe du Hinderburg. La partie qui a lieu de nos jours en Amérique est fort bien menée elle aussi, et induit également une documentation importante sur la psychogénéalogie qui est une pratique clinique développée dans les années 70 selon laquelle les événements, les traumatismes, les secrets et les conflits vécus par les ascendants d’un individu conditionnent ses faiblesses constitutionnelles, ses troubles psychologiques, ses maladies… (définition piquée sur le Net). J’ai adoré suivre les événements et péripéties de la vie de Lisa comme de celle d’Alice. Car c’est autant un roman d’aventures qu’un roman noir, un drame psychologique qu’une fiction historique, une enquête qu’un thriller, et l’ensemble, un peu atypique, se lit avec beaucoup de plaisir. Cela donne un joli métissage, bien dosé, et qui peut répondre aux attentes de ceux qui, comme moi, ne tiennent pas à tout étiqueter, à tout ranger dans des cases et apprécient plutôt le mélange des genres.

Pour finir, j’ajouterai que l’intrigue de La mémoire du temps recèle aussi du mystère et du suspense, que l’histoire est passionnante et que la plume, fine et sensible, met le tout en valeur, jusqu’à l’épilogue, qui a terminé de me convaincre et de me séduire. Une très belle fin pour une très belle histoire et un très beau roman.

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