Quand l’amour terrasse Ava et Léo sur les bancs du lycée, et qu’un an plus tard, à l’approche de la naissance de jumeaux, ils convolent en justes noces contre l’avis de tous, on comprend que le bonheur peut être soudain. Les histoires toutes simples ne sont pas les moins belles. On s’aime, on se marie, les rires des enfants viennent peupler notre petit monde. Le bonheur n’est pas aussi exigeant qu’on le dit. Puis, avec les années, on pense que rien ne peut troubler notre quiétude, notre douceur de vivre.
Mais, c’est sans compter sur le destin. Lui peut se jouer de nous… brouiller les cartes, changer les règles. Vous pensez que rien ne peut vous arriver ? Et si vous vous trompiez ?

L’histoire d’Ava ou « comment une vie heureuse et bien rangée peut exploser en quelques minutes et devenir un véritable enfer »…

« On est peu de chose », « Rien n’est sûr dans la vie », « Ça n’arrive pas qu’aux autres » : notre langage est émaillé de ce genre de locutions toutes faites que l’on ressort régulièrement à la vue du malheur d’autrui, le temps d’essayer de se mettre à sa place, un court instant, avant de vite se détourner et de reprendre notre vie. Certes, elles sont tout à fait vraies, mais tant qu’on n’est pas touchés nous-même, on effleure juste du bout du doigt et sans réellement en prendre la mesure, ce que peut être un vrai drame et à quel point il peut être destructeur.

L’héroïne va en faire l’expérience ici, de manière terrible. Comblée par la vie, elle va être confrontée à une des pires choses qui puisse arriver à une mère, à un parent, et cela va l’anéantir, car les réactions qu’elle va avoir, les choix qu’elles va faire et les décisions qu’elle va prendre vont influer sur son entourage et sur le reste de sa vie. Comment peut-on imaginer qu’une telle horreur puisse nous arriver ? Impossible pensez-vous ? Eh bien, pourtant Wendall l’a fait… Il nous fait rentrer dans la tête d’Ava, penser Ava, réagir Ava. Alors peut-être n’aurions-nous pas fait les mêmes choix ou pris les mêmes décisions ? C’est possible… Nous ne le saurons jamais… Et je prie pour que nous n’ayons jamais à le découvrir !

Ecrit sous forme de lettres et de journal, « La tête du lapin bleu » nous immerge dans la détresse d’Ava, nous ballotte au gré des aléas et péripéties de sa vie, nous noie et nous relâche pour mieux nous aspirer à nouveau dans le véritable maelström d’émotions et de sentiments tous plus terribles les uns que les autres qu’elle ressent à la suite de l’effroyable accident dont elle a réchappé. La scène est, soit dit en passant, époustouflante de réalisme ! Peur, douleur, manque, colère, regrets, remords, culpabilité deviennent son quotidien et Wendall, de sa plume simple et sensible décortique tout cela avec maestria sans jamais tomber dans le pathos ni le voyeurisme.

Le cœur se serre, les larmes coulent, les tripes se nouent plusieurs fois au cours de la lecture, et on ne peut s’empêcher de penser au superbe roman de la fin des années 70 ainsi qu’au très beau film qui en fut l’adaptation quelques années plus tard et dont je ne citerai pas le nom pour ne rien dévoiler de l’intrigue.

Un roman noir et cruel, un magnifique portrait de femme meurtrie, forte et fragile à la fois, servis par une plume délicate et réaliste ainsi qu’une très belle couverture.

Avec « Comme un phare dans la tourmente » l’auteur avait changé de registre pour nous livrer une belle histoire de vie. Il continue sur sa lancée et récidive avec ce récit dramatique et poignant et nous démontre qu’il y réussit vraiment, qu’il y excelle même !

Extrait : « Il arrive que les émotions soient si intenses que seul le regard peut les véhiculer ». Ce n’est pas tout à fait vrai, Wendall Utroi vient de nous le prouver, juste avec ses mots…

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