Le paradis des vauriens – Wendall UTROI

« Dans ce nouveau roman, j’ai voulu donner vie à deux enfants blessés : Kalya, d’origine tsigane, que recueille un ferrailleur, et Sans-Nom, un gamin un peu chétif, fils d’une prostituée. L’histoire prend sa source dans les plaines du Nord au milieu des années 30 et vient mourir dans le Sud-Est de la France beaucoup plus tard. Deux lieux, deux époques et deux terribles destins. Aimer le destin, c’est le forcer à vous écouter pour que, un jour, à son tour, il vous aime un peu. J’ai une affection particulière pour ces deux personnages. Ils m’habitent depuis toujours. Je voudrais tellement qu’ils entrent dans vos vies. »
Wendall Utroi

Tout d’abord je tiens à remercier chaudement les Éditions Slatkine & Cie de m’avoir donné l’opportunité de lire le nouveau roman de Wendall Utroi, auteur que j’affectionne particulièrement pour la beauté de sa plume et le profond affect qu’il place dans ses histoires et surtout dans ses personnages. Je l’avais constaté dans ses romans précédents, ses protagonistes sont fondamentalement humains et faillibles et ils restent longtemps dans notre cœur. Pour exemple, je citerai Ava, personnage principal du roman Les yeux d’Ava, paru précédemment sous le titre La tête du lapin bleu (en lire la chronique) qui fut inoubliable pour moi, plus encore que les autres.

Il est difficile de faire entrer les livres de Wendall dans des cases car ce sont surtout, avant d’être des romans de genre, des romans de personnages et d’histoires de vie. Le paradis des vauriens ne fait pas exception à la règle. Je serais d’ailleurs bien en peine de décider si c’est un roman noir ou s’il fait partie de la littérature blanche. Les deux sûrement… mais c’est surtout, une fois encore, un roman de personnages. Hugo, Sans-Nom, Lucia et Kalya marqueront ma mémoire de lectrice car ils sont vivants, entiers, réalistes, avec une psychologie fouillée et parce que nous nous prenons à les aimer même lorsqu’ils commettent des erreurs, voire des horreurs. Wendall Utroi aime profondément ces êtres cabossés, mais qui ne lâchent jamais rien, qui se relèvent et restent debout malgré tout. et leur prête vie à sa façon si particulière pour nous livrer, comme toujours, un roman de cœur.

C’est avec des mots qui, tour à tour, frappent et flagellent ou caressent et apaisent, que l’auteur traite de sujets graves et récurrents dans son œuvre : la misère, l’injustice, l’amour, la haine, l’amitié, la condition de la femme, la violence, l’addiction, les secrets de famille, les sectes… je vous les jette pêle-mêle. Au détour d’une page, l’horreur nous est assenée sans nous ménager mais sans tomber non plus dans la surenchère dramatique. Le résultat en est une histoire romanesque, très émouvante et intense qui nous malmène nous aussi et nous ferait facilement passer du rire aux larmes. Pour le moins j’ai eu le cœur serré plusieurs fois en découvrant les aventures de Sans-Nom et de Kalya, ainsi que cette fin magnifique à laquelle je ne m’attendais pas le moins du monde. Je n’ai pas pu m’empêcher de noter que le jeune homme, épris de liberté, était né un 20 mars, jour du printemps et de son hirondelle emblématique, comme Wendall… et comme moi.

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