Les eaux noires – Estelle THARREAU

Lorsque les eaux noires recrachent le corps de la fille de Joséfa, personne ne peut imaginer la descente aux enfers qui attend les habitants de la Baie des Naufragés.
L’assassin restant introuvable, à l’abri des petits secrets et des grands vices, une mécanique de malheur va alors tout balayer sur son passage… Les révélations d’un corbeau, la détresse d’une mère et le cynisme d’un flic alimenteront l’engrenage de la rumeur, de la suspicion et de la haine.
Joséfa réussira-t-elle à survivre à la vérité ?

Les eaux noires est le deuxième roman d’Estelle Tharreau que je lis, après De la terre dans la bouche (en lire ma chronique) que j’avais présélectionné pour le Prix des Auteurs Inconnus 2019, et c’est un essai transformé pour moi. À noter que l’auteure est en lice pour ledit Prix cette année avec La peine du bourreau, qui sera donc ma lecture de novembre dans ce cadre.

Dans ce roman noir et dramatique aux allures de thriller, Estelle Tharreau reprend des thèmes qu’elle affectionne relatifs tout en nous livrant une analyse psychologique fine et poussée de ses protagonistes. Sa plume, précise et efficace, aux mots percutants, sert remarquablement bien le propos et nous engloutit dans un roman glacial à tendance huis-clos.

Extrait : C’est à ce moment précis que la peur balaya l’inquiétude. Quelques minutes seulement qui firent basculer une absence anormale en une disparition inquiétante.

Au centre, la disparition et l’assassinat d’une adolescente livrée à elle-même par une mère veuve, débordée et trop confiante ; autour, quelques voisins isolés et la vindicte populaire, prompte à juger et à condamner. Entre jalousie, haine, rumeurs, mensonges et délation, les hypothèses et les accusations vont bon train et s’intensifient avec l’apparition d’un corbeau. La police patauge, jusqu’à l’arrivée d’un nouveau personnage, un flic qui bosse à l’instinct et qui est surtout étranger à la région et à ses habitants, ce qui lui permet de reprendre l’affaire en main avec un œil neuf et sans parti-pris. Car on a l’impression que tout le monde ment ou cache un secret et que chacun peut avoir une part de responsabilité dans le drame. L’auteure sème des indices tel le Petit Poucet ses cailloux et multiplie les pistes pour mieux nous égarer. L’ambiance pourrit petit à petit, instillant le malaise, pour devenir carrément délétère et malsaine. Les révélations délivrées au compte-goutte, les mensonges et les non-dits, tout un tas de petites choses, de mots lâchés par-ci par-là créent le doute, entraînant tension et suspense et instaurant un climat de suspicion très oppressant.

On assiste à la descente aux enfers de cette mère désespérée, dévastée par le meurtre de sa fille et par la culpabilité et sur laquelle ses voisins et anciens amis s’acharnent en la condamnant sans appel. Malgré tout, on admire sa force, sa capacité à rester debout et à se battre, à s’obstiner pour enfin savoir et comprendre ce qu’il s’est passé et qui est le responsable. Cela ne va pas se faire sans heurt ni sans désillusion, pour elle comme pour toute la population qui en subira les dommages collatéraux, et même pour le lecteur qui, à suspecter tout le monde, s’enlise dans les sables mouvants de l’intrigue. Bienvenue dans la boue charriée par Les eaux noires !

Extrait : Puis le hurlement d’un esprit qui vacille, d’une âme qui vole en éclats.

Je remercie chaleureusement Joël Maïssa et les éditions Taurnada pour leur confiance et cette très belle lecture.

 

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