Quel est le point commun entre un looser amoureux, un bouledogue alcoolique nommé Disco Boy et une jolie hôtesse de casino ? Une sévère propension à être là au mauvais endroit, au mauvais moment. Ces trois-là n’étaient pas faits pour se rencontrer, encore moins pour évoluer en milieu hostile : des trafiquants de drogues, des braqueurs grimés en présidents, des flics retors et une bête qui hante la campagne. Tuer ou se faire tuer, telle est désormais leur seule alternative.

Extrait : « Les portières du 4×4 claquent. Des gifles pour mes oreilles. J’ouvre les yeux. Trois silhouettes noyées dans la lumière crue d’un milieu d’après-midi. Elles s’approchent d’un pas résolu. Je protège mes yeux avec mes mains. Le soleil tape fort. Foutrement fort. Une enclume sur ma tête. Avec le stress, j’ai perdu des litres de gnôle. Une odeur vinaigrée imprègne mes vêtements. Ma transpiration. Faudrait que je mette le holà sur la piquette, sinon je vais finir comme un pickle. »

Un roman noir, drôle, désespéré et tendre.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Prix des auteurs inconnus 2019, catégorie littérature noire, pour lequel il a été sélectionné parmi une cinquantaine de soumissions et fait partie des cinq finalistes. Je me dois cependant de préciser qu’il ne figurait pas parmi mes préférés et je vais en expliquer les raisons. Rappelons tout d’abord que nous n’avons à notre disposition, pour effectuer notre premier tri, que la couverture, la 4ème et les dix premières pages, sachant que ceux qui affichent plus de 3 fautes dans ce début sont éliminés.

Mon manque d’intérêt pour cet ouvrage était dû à plusieurs choses qui me posaient problème. Le sujet tout d’abord. Les histoires de casse, de braquage et surtout de drogue n’ont jamais été ma came, si je puis dire. Il y a des trucs comme ça, on ne sait pas pourquoi, qui ne nous attirent pas, voire même qui nous rebutent. C’était le cas ici. Et puis aussi le mélange « noir/drôle », qui me faisait un tantinet peur, car il est, à mon sens, difficile à doser pour éviter de tomber dans la caricature et même au ras des pâquerettes. Enfin, la troisième raison en était le style employé dans ces dix premières pages. Bien que visiblement maîtrisé, l’emploi d’un langage extrêmement familier m’a fait craindre que tout le roman ne soit écrit de cette manière. Qu’un personnage s’exprime comme ça, ok, qu’ils soient même plusieurs, lors de dialogues, encore d’accord, cela ne me pose pas de problème, Mais je ne me sentais pas capable de me farcir tout un livre écrit en argot. Je l’ai donc éliminé sans états d’âme. Cependant, comme je ne suis pas le seul membre dans ce jury (je me demande bien pourquoi d’ailleurs, ce serait beaucoup plus simple), il a été plébiscité par plusieurs autres. Mais c’est l’jeu ma pauv’ Sophie !

J’ai donc entamé cette lecture avec un certain nombre d’a priori, tout en essayant d’élargir mes fonctions « ouverture d’esprit », « curiosité intellectuelle », « tolérance » et d’imaginer que d’autres avaient peut-être perçu des qualités qui ne m’avaient pas sauté aux yeux de prime abord.

Le roman est divisé en trois parties qui mettent en scène des protagonistes différents dans des histoires distinctes. Je me suis bien doutée que les trois devaient se rejoindre à un moment ou à un autre, tout en ayant du mal à deviner de quelle façon. La première partie ne m’a pas spécialement convaincue, je vous en ai déjà exposé les raisons (style et sujet) mais je dois reconnaître que j’en ai trouvé la fin extrêmement intéressante. Dans la deuxième partie, j’ai noté avec grand plaisir une évolution de la plume (ouf ! me suis-je dit, pour être honnête). Avec d’autres personnages, Williams Exbrayat nous propose une écriture différente et j’en ai été fort aise, même si le sujet ne me plaisait, encore une fois, pas plus que ça. Et c’est dans la troisième que j’ai pu enfin apprécier toute la qualité et la force de son style qui est aussi très visuel, expressionniste, quasi cinématographique. Je n’ai relevé que très peu de coquilles, ainsi que quelques bizarreries de ponctuation, mais rien de bien grave et surtout rien qui entache réellement la lecture. C’est en parvenant à la fin que l’on se rend compte aussi que la trame et la construction sont incontestablement maîtrisées.

Quant aux personnages, des antihéros brossés avec intelligence et pertinence, ils ont su m’attendrir et m’émouvoir (pas tous hein, il y a des méchants-gentils mais aussi des vilains-méchants !) parce que résolument humains, faillibles et imparfaits, victimes de leurs fêlures et de leurs mauvais choix, de leurs mauvaises rencontres et/ou de leur mauvais karma. Disco Boy à lui tout seul vaut le détour, croyez-moi.

J’ai donc terminé Ma vie sera pire que la tienne sur une note plutôt positive puisque mon intérêt s’est développé au fur et à mesure de mon avancée et m’a fait passer outre mes ressentis de départ. Même si cette chronique reste mitigée, ce n’est finalement dû qu’à une question de goûts et de couleurs puisque l’auteur a su faire preuve d’originalité et démontrer des qualités indéniables, notamment sur la forme, qui reste primordiale pour moi.

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