Un homme est retrouvé horriblement mutilé dans un bâtiment désaffecté du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Pour Franck Sommerset, commissaire à la Crim’, c’est le début d’une enquête étrange et singulière.
Étrange, car ce n’est pas une série d’homicides au sens propre du terme à laquelle il se trouve confronté  : toutes les victimes sont encore en vie, mais elles ont été torturées et «  enfermées  » en elles-mêmes.
Singulière, car pour comprendre, Franck Sommerset va devoir plonger dans l’univers des nouveaux maîtres du monde – les grands du numérique qui maîtrisent nos vies immatérielles.
C’est au cœur de Paris, dans ces tréfonds et au-delà, que Franck va suivre la piste de ce qui ressemble à une vengeance frénétique, folle et pourtant méthodique, où s’affrontent deux mondes, un nouveau qui se persuade de sa toute puissance et un ancien qui ne veut pas mourir…

Un grand merci à NetGalley et aux Editions Fayard/Mazarine pour l’envoi de ce SP que j’ai particulièrement apprécié.

Tout d’abord une petite explication quant au titre !  Le mot latin persona désignait dans l’Antiquité le masque de l’acteur de théâtre. Puis il a signifié le personnage ou le rôle. À l’heure actuelle, un persona est, dans le domaine marketing, un personnage imaginaire représentant un groupe ou un segment cible dans le cadre du développement d’un nouveau produit, d’un service ou d’une activité marketing prise dans sa globalité. Le persona est généralement doté d’un prénom et de caractéristiques sociales et psychologiques.

Il faut savoir aussi que Maxime Girardeau a travaillé pendant douze ans dans le domaine du marketing digital, notamment au sein d’une des fameuses multinationales rassemblées sous l’acronyme GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), monde devenu omniprésent dans notre vie quotidienne, qu’il connaît donc très bien et dans lequel il a situé son roman. C’est peut-être, après un prologue assez cru, une vraie scène-choc augurant réellement un thriller, ce qui m’a déstabilisée un peu dans la première partie. Toutes ces explications liées à ce domaine auquel je ne connais rien et qui, je dois bien l’avouer, ne m’intéresse que peu. J’ai donc eu un peu de mal au départ à rentrer dans l’histoire de Kahl, personnage énigmatique et très antipathique, qui évolue dans ce milieu du marketing et des nouvelles technologies, avec de nombreux passages évoquant son travail, la politique de son entreprise et les enjeux économiques et personnels qui y sont liés. Ceci dit, alléchée par la première scène, et comme je suis persévérante et que l’écriture de l’auteur se situe à un assez haut niveau, je me suis accrochée.

Autant vous dire que bien m’en a pris, parce qu’avec la deuxième partie, les choses prennent une autre dimension et on rentre de plein fouet dans le thriller/policier. Non content de nous décrire l’envers du décor de ce milieu de requins et de prédateurs en tout genre, l’auteur nous gratifie aussi de personnages denses, très fouillés. Eh oui, Maxime Girardeau a tout d’abord fait des études de psychologie et cela se ressent ! Le personnage de Kahl est particulièrement détaillé, celui de Franck nous est révélé un peu plus lentement, par petite touches. Étonnamment, Elga, personnage féminin central, est laissée plus mystérieuse. Peut-être pourrait-elle faire partie des protagonistes d’une « suite », où sa vie et sa psyché seraient un peu plus développées ? En tout cas, j’ai trouvé cette deuxième partie époustouflante, avec un rythme effréné et des descriptions hallucinantes. Je pense notamment à une scène se déroulant sous terre que j’ai lue quasiment en apnée. Quant aux passages décrivant des tortures, ceux qui me connaissent savent que ce n’est absolument pas ma tasse de thé, j’en ai encore désapprouvé certaines récemment. Là, les choses sont un peu différentes, et je m’en étais d’ailleurs déjà expliqué précédemment : je les supporte beaucoup mieux quand les sévices en question sont énoncés après coup, par un légiste par exemple, ce qui me permet de prendre une certaine distance, que quand je dois les vivre en même temps que les victimes. D’autre part, l’auteur n’en rajoute pas dans la surenchère et, pour finir, peut-être le fait que les suppliciés soient très antipathiques a-t-il joué aussi sur mes ressentis…. Mais ça reste bien crade quand même et les amateurs de scènes trash vont pouvoir s’en donner à cœur joie.

La troisième partie m’a totalement prise par surprise parce que je ne m’y attendais pas de prime abord. Elle nous emmène encore dans un autre dimension, mais je n’en révélerai pas plus afin de ne pas divulgâcher l’histoire, comme le disent très joliment les Québecois.

Je reviens sur le style de l’auteur, que j’ai à peine effleuré jusque-là. Oui, Maxime Girardeau écrit vraiment très bien. Le registre de langage est élevé, le vocabulaire choisi, les dialogues incisifs et le tout sert à merveille une intrigue solide et bien construite, qui évite de tomber dans les clichés.  Il possède de réelles capacités, voire de dons, de description, comme d’analyse comportementale ou sociale. Le suspense est omniprésent et on se pose de multiples questions quant à l’identité de ce mystérieux tueur en série.

Vous ai-je dit que Persona était son premier roman ? Un très bon premier roman. Si bon qu’il laisse imaginer les prochains avec envie.

 

4 Réponses

    • Sophie Ruaud

      Merci beaucoup ! D’après ce que m’a répondu l’auteur, le personnage d’Elga sera plus développé dans la suite.

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  1. loeilnoir

    J’ai eu le même ressenti pour la première partie, mais la suite a tant d’envergure ! Une belle chronique pour un très bon thriller !

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