Al aimait le silence de la nuit. Il aimait ses gens aussi : les petites frappes qui n’hésitaient pas à pointer leur nez, les dealers qui dormaient toute la journée et arpentaient les rues une fois l’obscurité tombée à la recherche de nouveaux clients. Il aimait les cris surgis de nulle part, les hurlements des chiens, les gamins qui pleuraient, les alcooliques qui refaisaient le monde. Il aimait les putes aussi, les filles de la nuit, qui fréquentaient ces mêmes frappes, dealers ou autres paumés comme lui. Al aimait la nuit car c’était la seule chose qu’il craignait. Sang pour Sang raconte la traque sanglante menée par deux flics new-yorkais contre des tueurs qui semblent suivre un parcours aussi chaotique qu’incompréhensible. Une enquête à rebondissements qui sera une véritable descente aux enfers pour Al Seriani, inspecteur à l’esprit torturé, et pour son coéquipier David Goldberg, un jeune flic fraîchement sorti de l’Académie de police.

Premier roman de Gipsy Paladini, pour l’auteure comme pour moi, « Sang pour sang » est un pur thriller-policier qui ne ménage ni son lecteur, ni ses protagonistes ! Noir, grinçant, âpre et rude, les mots employés et les images évoquées sont souvent crus et très évocateurs. En même temps c’est peut-être, sûrement même, ce qu’il faut pour retranscrire une histoire aussi dure parsemée de crimes glauques et de mutilations sexuelles.

On est mis dans le bain d’entrée de jeu avec cette descente dans les bas-fonds du New-York des années 60 et on a du mal à s’arrêter de tourner les pages car l’intrigue est menée de main de maître et le suspense va crescendo jusqu’au dernier rebondissement et à la révélation finale du coupable.

On ne peut rester insensible devant le personnage principal, flic à la dérive, misogyne, alcoolique et violent, presque perdu dans les méandres de son quotidien sordide et si, au tout départ, on le déteste d’emblée, on finit quand même par ressentir de l’empathie pour lui. Je crois que cela est dû à la plume de l’auteure qui sait si bien nous laisser entrevoir ses blessures et ses failles alors même qu’il se conduit la plupart du temps comme un vrai salopard.

L’écriture, nerveuse et hyper-réaliste, sert un sujet difficile, une histoire terrible qui trouve ses racines dans un passé douloureux, réveille des échos endormis et nous rappelle que nous avons un devoir de mémoire.

Quelle réussite pour un premier roman ! Une très belle découverte proche du coup de cœur qui nous offre une intrigue musclée, des personnages torturés à souhait, une enquête à rebondissements, un saut dans l’histoire et un final éblouissant.

 

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