Jadis, treize sorciers ivres de vengeance se réunirent au sommet d’une montagne et, utilisant le Ténébriarque, ouvrirent une brèche à travers l’espace-temps jusqu’au Neuvième Infra-Monde. D’épaisses ténèbres et des créatures de cauchemar se déversèrent sur les Terres de Cendres, et la guerre qui s’ensuivit coûta bien des vies et des sacrifices parmi les Nains, les Elfes et les Hommes.
Mille-cent-trente-trois ans plus tard, la Lumière est revenue sur le monde, excepté sous un dôme de ténèbres qui subsiste, ainsi qu’une cellule cancéreuse, au beau milieu des Terres de Cendres. Là, sous cette cloche d’Ombre où personne ne serait assez fou pour aller, le mal couve, pareil au feu sous la cendre…

Premier tome d’une épopée guerrière dans la lignée du Trône de Fer. Pour lecteurs avertis.

Chronique :

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge ABC spécial auto-édition. 

L’ebook est dans ma Kindle depuis le 3 janvier. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’avais déjà lu des nouvelles de l’auteur — que j’avais adorées —, mais pas encore ses romans, encore moins dans ce genre.

« Les versets du dernier soupir » est le premier volet de la saga du Ténébriarque. Un tome long, qui donne plusieurs grosses heures de lecture. Ce roman est le premier roman fantasy auto-édité que je lis qui soit aussi travaillé, et aussi bien rédigé. Le langage soutenu pourrait rebuter certains lecteurs, mais personnellement, je trouve que c’est un délice d’apprendre de nouveaux mots. La fonction Dictionnaire de la Kindle est d’ailleurs parfaite pour ça !

Ce premier opus nous raconte l’histoire de plusieurs personnages, et ces récits, comme cela se fait souvent en fantasy, sont entrecoupés par des extraits de littérature contant les légendes de l’époque. On croise (liste non exhaustive) des goules, des êtres plus ou moins humains que vous et moi, des sorciers, des elfes, des nains, des prêtresses virginales, et des créatures bizarres. Chacune ayant son rôle dans ce puzzle gigantesque.

Un puzzle délicieux

Parce que oui, Le Ténébriarque est comme un puzzle, et il se lit comme tel. Chaque personnage à sa propre histoire, sa propre destinée, qui constitue une pièce de l’ensemble. Dans ce premier tome, il s’agit d’étaler toutes les pièces et de les examiner sous toutes les coutures afin de pouvoir, déjà, effectuer un tri. Et comme l’on met de côté les pièces à bords plats, on cherche les bons et les mauvais.  En Fantasy, les clichés sont pléthores, et il est parfois tentant de faire des raccourcis, et de ranger les personnages dans des cases bien trop évidentes. C’est le cas dans les puzzles destinés aux enfants.

Mais Frédéric Soulier ne s’adresse pas aux enfants. Et son puzzle est loin d’être simple. Au contraire, il est complexe, et digne d’un travail d’orfèvre. Plus que ça, c’est une preuve de confiance en la culture et l’intelligence de ses lecteurs. Il ne voulait pas se contenter de nous proposer un simple puzzle. Non, il nous offre un trompe-l’œil. « Le Ténébriarque est destiné à un public averti », écrit-il en préambule. Pourtant, seules quelques scènes pourraient heurter la sensibilité. Et la qualité de leur mise en lumière permet de passer outre.

Une qualité littéraire atypique

Je vais — sans aucun doute — choquer quelques groupies, ou me faire accuser de favoritisme, ou d’inculture littéraire. Peut-être les trois à la fois. Et j’assume totalement mes propos : la plume fantasy de Soulier m’a fortement fait penser à celle de Tolkien, et même par moment à celle de Pratchett. Le monde qu’il a créé est riche, cohérent, complexe, sans pour autant se prendre au sérieux. Le langage utilisé est tout aussi riche et fait honneur à la langue française, mais plus encore, à l’auto-édition. Ses personnages ne sont pas des véhicules-à-enfoncer-des-portes-ouvertes, et chacun d’entre eux à ses propres démons, qu’ils en soient conscients ou non. La dualité des individus donne une profondeur et une réflexion à la lecture qui est rare de nos jours, alors que dans n’importe quel genre littéraire, le manichéisme devient une règle, une facilité.

La perfection n’existe pas

Il y a tout de même une chose que j’ai déploré. Il s’agit d’une chose minime, mais je me suis fait plusieurs fois la réflexion en lisant. J’en ai déjà fait mention, Soulier utilise le registre soutenu. Registre assez restreint qui a forcé l’auteur — mais peut-être est ce employé à ce dessein — à faire des répétitions. Je pense notamment au mot « lippe », qui définit la lèvre inférieure d’un individu. Une seule fois dans tout le récit, le mot « lèvre » est utilisé en alternative. J’ai eu l’impression que dans certaines scènes, l’auteur voulait absolument placer le langage soutenu, comme un mantra, ou une signature, au détriment de la fluidité de lecture, et alors même qu’aucune nécessité scénaristique ne l’y obligeait. C’est le seul point qui m’a un peu chiffonnée.

A quand la suite?

Le premier tome du Ténébriarque est sorti il y a deux ans et demi. Si je ne pense pas me tromper en devinant que c’est l’œuvre qui lui a pris le plus de temps à rédiger, j’espère que la suite ne tardera pas trop, au risque de perdre complètement le lecteur; la complexité et la longueur du premier tome ne facilitant pas une relecture rapide avant d’entamer un éventuel second tome.

Infos pratiques :


Date de sortie : Février 2015

Auto-édition

Prix du format numérique : 2.99€ sur Amazon

Site de l’auteur : https://fredericsoulier.wixsite.com/auteurindependant

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